Datacenters préfabriqués : le secret de la qualité

Jack Pouchet • mars 21, 2018


Sur ce blog, nous avons abordé de nombreux aspects des constructions modulaires et préfabriquées pour les datacenters, notamment dans mon dernier article sur les micro-datacenters et les datacenters de périphérie. L’approche modulaire est souvent présentée comme une manière plus performante, plus rapide et moins coûteuse de déployer des capacités. Dans cet article, je vais explorer l’aspect ‘performance’ de cette approche.

Complexité du datacenter et réduction de la main-d’œuvre

Dans le monde entier, la demande de nouveaux espaces de datacenter poursuit son accélération et cette tendance va se maintenir pendant les cinq prochaines années au moins. Les moteurs de marché et les tendances sociétales de la numérisation universelle, omniprésente et permanente, combinés à une grande mobilité économique ascendante et à une transition globale d’un marché de la main-d’œuvre axé sur la compétence et le métier à une vision centrée sur la connaissance, Internet et l’e-commerce, exercent sur la communauté du datacenter deux forces puissantes et diamétralement opposées.

Et c’est précisément à l’heure où nous avons besoin de concevoir, construire, déployer et administrer des infrastructures critiques toujours plus complexes que nous sommes confrontés à un vivier toujours plus restreint de talents qualifiés, expérimentés et correctement formés. L’industrie de la construction de datacenters doit également relever des défis qui lui sont propres : sa nature régionale, son incapacité à anticiper la demande et sa localisation, sans parler de son mode de fonctionnement démarrage-arrêt-pause-redémarrage qui a sa logique propre. Les viviers de talents hautement qualifiés sont déjà presque épuisés et les incohérences du marché les ont poussés à se tourner vers de nouveaux secteurs tendance. Ce phénomène a entraîné un déclin de la qualité initiale des datacenters, une hausse des coûts d’adaptation, de reprise et de mise en service, tout en créant, du point de vue de la gestion, de l’incertitude concernant le TCO final des projets multi-phases.

La solution : des infrastructures critiques préfabriquées

Heureusement, les nouvelles sont bonnes ! L’industrie du datacenter a suivi l’exemple des télécoms, des datacoms et du secteur pétrole &et gaz et s’est appuyée sur leur expérience en matière d’optimisation de concepts de construction à l’aide de techniques de construction modulaires et préfabriquées. Nous appliquons ces techniques et bien d’autres innovations intelligentes pour concevoir et construire des datacenters d’entreprise, de colocation et hyperscale. Ces datacenters sont déployés dans le monde entier avec des performances inégalées sur le plan du coût, du délai et – sans doute le plus important – de la qualité.

En matière de datacenter, la qualité prend de nombreuses formes, dont la plus simple est l’évaluation de qualité initiale effectuée le premier jour, lorsque le Maître d’oeuvre déclare que l’installation est prête pour l’inspection finale. C’est là que votre équipe intervient, procède à un audit complet et repart généralement avec une longue liste de réserves nécessitant une correction immédiate. Et parfois, ses conclusions sont dramatiques.

La qualité recouvre également des facteurs moins évidents, comme l’ensemble des dispositifs inclus dans l’installation au moment du démarrage le premier jour. Par exemple, grâce à des approches modulaires et préfabriquées, le datacenter peut être équipé, en usine, de tous les dispositifs de distribution électrique et fibre aériens (ou sous le plancher). Plateaux de câbles, éclairage, dispositifs anti-incendie, sécurité, contrôle d’accès, allées froides et chaudes et même racks IT et de distribution peuvent être incorporés le premier jour de la livraison. D’ailleurs, j’ai eu le plaisir d’assister à des tests de mise en route de fibre sur plusieurs datacenters préfabriqués dans notre site de production.

Datacenters traditionnels ou préfabriqués: la question de la qualité

Examinons les facteurs qui affectent principalement les infrastructures critiques « traditionnelles » et les avantages inhérents (sous condition d’une exécution correcte) aux systèmes préfabriqués, construits en usine et assemblés sur place.

Si j’adore voir les premiers pas d’un nouveau processus de construction, où qu’il soit, il reste que les personnes vraiment qualifiées sont de plus en plus rares. Et aux États-Unis où l’économie est en plein essor et où les nouvelles lois fiscales favorisent fortement le développement local, les infrastructures civiles (dans certains secteurs) ont besoin d’être modernisées, mais le vivier de talents s’amenuise.

Le résultat : un manque de cohérence dans les capacités globales de la main-d’œuvre qui déplace la charge sur la conception, les fournisseurs de sous-systèmes, les sous-traitants et les responsables de projet sur site. Ce problème sollicite aussi énormément la robustesse des systèmes continus de sécurité et d’inspection de qualité. Malheureusement, de nombreux projets attendent les étapes d’inspection finale, de test et de mise en service pour identifier les problèmes propres au site en consacrant le temps et le budget nécessaires pour prendre des mesures de correction et apporter des solutions. Ce n’est pas avec une liste de réserves de 10 pages qu’on obtient une installation de haute qualité.

Dans de nombreux projets de datacenter de plusieurs mégawatts, il peut être difficile d’avoir à disposition une équipe de construction fiable et cohérente tout au long du projet. Pire encore, lorsque le projet est en plusieurs phases, l’ajustement, les finitions et la qualité des châssis peuvent présenter des différences importantes, mais qui restent gérables.

On ne peut pas en dire autant des salles blanches critiques de production. À chaque fois que l’on fait appel à de la main-d’œuvre spécialisée locale, la qualité, l’ajustement, les finitions et l’agencement physique des éléments fabriqués sur place (plateaux de câbles, bus, câbles d’alimentation, fibre aériens, etc.) peuvent varier considérablement. On atteint parfois le stade où les installations ultérieures ne fonctionnent pas correctement avec la base installée.

Il faut alors reprendre les travaux effectués et trouver des alternatives pour contourner les problèmes.

Heureusement, nous avons éliminé l’essentiel, sinon la totalité, de ces problèmes avec l’avènement de la technique de construction et d’installation de datacenters préfabriqués.

Grâce à des datacenters modulaires montés en usine, le site entier est conçu dès le premier jour en fonction de l’état final du projet. De cette manière, si vous construisez un site de 50 MW, mais que vous ne déployez que 5 MW pendant la première phase, la conception, les listes de composants, la fabrication et les dessins techniques, ainsi que toutes les procédures de test et protocoles d’inspection qualité associés, sont soigneusement documentés pour que les futurs blocs de 5 MW soient tous identiques. Ils sont montés dans la même usine, avec les mêmes outils, mesures, pratiques, processus, contrôles qualité et procédures de test.

Conclusion

Ce qu’Henry Ford a fait pour l’industrie de l’automobile avec le Modèle T et la production sur chaîne de montage, nous l’appliquons aujourd’hui à la construction de datacenters, de stations d’atterrissage de câbles, de bases, de salles de contrôle et autres installations critiques.

Une qualité rehaussée : voilà sans doute le secret le mieux gardé du datacenter préfabriqué.

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